APRÈS LA PERTE DE POIDS

Crédit photo : Dalila Assefsaf

Après la perte de poids, qu’est-ce qui se passe ?

Les habitués de mon effeuillage virtuel savent à peu près tout de moi. De mes souffrances les plus intimes / communes à mes joies les plus quelconques / profondes. Vous connaissez également mon parcours des dernières années.

Mère de trois jeunes enfants avec respectivement trois ans d’écart, j’ai vécu ce que la plupart des mamans connaissent entre chaque grossesse: une prise de poids relativement importante. Evidemment, il y a aussi une part de génétique, une part de sur-émotivité, et une grande période de deuil durant laquelle j’ai mangé mes émotions. Rajoutons à cela quelques prémices de troubles alimentaires et vous avez, en quelques lignes, mon portrait des vingt dernières années.

Donc voilà, il y a environ trois ans, je pesais le double de mon poids actuel, soit aux alentours de 250 lbs, et j’habillais du taille 20. Je souffrais alors d’obésité morbide.

Atlantide Desrochers en 2012 après une importante prise de poids

Le quotidien d’un(e) obèse:

Maintenant, Arrêtons de faire semblant et soyons honnête deux minutes. Vivre avec l’obésité au quotidien n’a rien d’une sinécure. C’est un défi (j’allais écrire de taille) qui nous pourrit littéralement la vie. Le mélange de sentiments que nous éprouvons à l’égard de notre surpoids,  alternant de la honte à la culpabilité, de la colère à la résignation passive, n’a d’égale que notre constant sentiment de rejet. A moins d’être fait fort. Très fort. Car à fortiori, il est bien évident que nous ne pouvons pas faire tout ce que se permet le commun des mortels. Et dans bien des cas, nous sommes effectivement persona non grata.

Pourquoi dis-je ça ?

Et bien la raison est simple: à l’instar d’un handicape physique, notre surpoids limite considérablement notre capacité à nous mouvoir. Sans même parler de nos divers ennuis de santé (qui ne font que commencer), cette masse que nous traînons vingt-quatre heures sur vingt-quatre amenuise définitivement notre qualité de vie. Par exemple, impossible de faire la moindre petite marche sans être essoufflé(e), de grimper sur un vélo sans risquer la crise cardiaque, de courir sans mourir d’asphyxie, de se pencher sans manquer tomber, de monter cinq marches sans cracher nos poumons. Ah et ces fichues rougeurs qui s’installent dans les replis de notre peau boudinée et qui brûlent à s’en damner !

De toutes façons peu importe où nous nous assoirons / tiendrons, nous prendrons trop de place: ascenseurs, véhicules récréatifs, transports en commun, avions, embarcations maritimes, fauteuils de Cinéma, banquettes de restaurant, sièges dans les manèges, files d’attente, rayons exigus des supermarchés.  Donc inutile de se faire d’illusions quant à notre vie sociale, elle sera elle aussi définitivement limitée / amoindrie.

Evidemment, cela ne nous empêche pas d’avoir quelques amis. Ces derniers nourriront  une très grande sollicitude à notre égard et le visage empreint d’une vive inquiétude, nous feront régulièrement remarquer qu’il serait peut-être temps de nous prendre en main. Et là je n’ai toujours pas fait mention des commentaires désobligeants que nous recevons constamment. Non, je n’ai même pas encore abordé la série de qualificatifs auxquels nous nous exposons lorsque nous osons nous mettre en travers du chemin d’un tiers.

Me concernant, j’ai vécu cinq ans dans la peau d’une obèse. Durant cette demie décennie, j’ai tellement perdu confiance en moi que trois ans après avoir retrouvé un poids normal, je continue de frôler les murs. Comme si mon poids avait un quelconque rapport avec la personne que je suis en dedans!

Mais Justement, à propos de peau ..

Arrive finalement le jour où nous décidons d’agir. Le jour où, pour X raison, cela fonctionne. Certain(e)s, dont les précédentes tentatives de régimes sont demeurées vaines, tentent le tout pour le tout avec la chirurgie bariatrique. Personnellement, je ne l’ai pas fait parce que j’en ignorais l’existence. Ce que je regrette amèrement aujourd’hui car je me suis lancée seule et à l’aveuglette dans un processus alimentaire que je maîtrisais fort peu.

Il faut comprendre qu’une perte de poids, particulièrement de l’ampleur dont nous parlons ici, implique d’énormes efforts, d’énormes sacrifices / privations. Peu importe ce qui nous avait conduit vers l’obésité, nous avons mené une bataille phénoménale dans laquelle notre volonté l’a emportée sur tout le reste.

Et nous sommes fièr(e)s d’avoir tenu bon. D’avoir relevé le défi  avec autant de détermination.

Alors pourquoi la victoire a-t-elle ce léger goût de fiel ?

Malheureusement, l’après perte de poids n’est pas exactement tel que nous l’avions rêvé parce qu’il y a ce surplus de peau qui nous gâche le plaisir. Le plaisir d’être enfin devenue mince. Une fausse mince. Et ce dernier ne disparaîtra que si nous nous décidons à passer sous le bistouri. Car il faut bien l’avouer, sous nos vêtements, nous sommes loin du joli corps ferme que notre silhouette pourrait laisser présager.

Personnellement, J’ai porté quatre enfants dont des jumeaux. Inutile de  se le cacher, mon ventre n’a plus aucune élasticité. Ma peau est devenue flasque, couverte de vergetures ; j’ai, au demeurant, ce que nous appelons le tablier. Combien de fois me fais-je demander si je suis enceinte parce que j’ai du ventre ? Après tout ce parcours, après tant de mois passés à me priver, à m’entraîner sans arrêt !

Même chose pour le haut de mes jambes dont les striures inélégantes m’empêchent, par exemple, de me mettre en shorts. Les dommages ne sont toutefois pas assez élevés pour justifier d’une opération. Heureusement. Malheureusement. À moi d’accepter cet entre-deux.

Concernant mes bras, le résultat est moins catastrophique que redouté mais malgré poids et altères, malgré deux années d’entrainement, je ne peux toujours pas me mettre en camisole sans rougir. La encore, on ne parle pas d’une situation extrême. Pour connaitre de nombreuses personnes aux prises avec cette réalité, je dirai même que je m’en sors plutôt bien. Dans mon cas, on parle d’environ deux pouces de peau. Seulement deux pouces. Mais pour d’autres, cela peut aller jusqu’au triple.

Il y a mes seins aussi. Puis mes hanches. De la peau, de la peau vide.

Pourtant, je m’entraîne en moyenne de six à sept heures par semaine depuis le début de mon processus de perte de poids.

Voila, ça c’est la réalité après la perte de poids. La réalité sous le tissu. Et cette réalité là, lorsque non couverte par l’assurance maladie, coûte au privé des montants exorbitants en chirurgies réparatrices. Montants d’argent que beaucoup ne peuvent pas se permettre. Quant au public, le processus est tellement long et les critères d’admissibilité tellement restreints  que bon nombre d’anciens gros abandonnent.

Où commence, où finit le rêve ?

Est-ce tant demander que de bénéficier d’une seconde chance, après tant d’efforts ?

Je salue le courage de tous ceux qui, après des mois de lutte, s’engagent dans cette nouvelle voie.  Celle de faire valoir notre réalité auprès des médias, ainsi que du gouvernement pour rendre davantage accessible la chirurgie réparatrice. J’espère que vous saurez vous faire entendre, ami(e)s.

Atlantide