LA DÉPRESSION

Crédit photo : Dalila Assefsaf

Mon sujet d’aujourd’hui m’est très inconfortable.  J’ai décidé de l’aborder, essentiellement pour parler de guérison ; de résilience. Pour dire / confirmer qu’il y a un après. Mais pour être honnête, je sais déjà que je ne dirai pas tout.

Sur quatre décennies bien remplies, j’ai connu des périodes de joie, et de désarroi. Mais parce qu’il y a eu deux générations de femmes fragiles avant moi, je m’étais toujours juré que mooaa, je ne craquerai pas. Que  je serai plus forte que ça. Stupide vantarde, va ! Comme si souffrir c’était un choix.

J’ai quand même tenu bon un moment. Enfance difficile et tout le tralala … Mais en dépit des drames qui ont jalonné mon parcours, je suis demeurée stoîque. Mooaa, j’étais différente, j’étais une battante. J’étais dans le déni total !

A l’âge adulte, je me suis enfuie très loin de chez moi. J’ai quitté la France pour m’installer au Canada. Histoire de rompre la chaîne une bonne fois.

Ensuite, la vie s’est montré plutôt conciliante. J’ai rencontré le grand amour et j’ai mis au monde mes enfants chéris. C’était comme si je recevais tout à coup en bonheur ce que mon existence m’avait autrefois octroyé en malheur.

Et puis en 2009 tout s’est effondré. Tout y compris ma certitude d’être plus forte, plus solide que celles qui m’avaient précédé. 

Tout s’est effondré lorsque mon petit Liam est décédé.

Comment survivre à ça ? Là, je n’ai pas su comment me relever.

C’est exactement le même drame qui avait autrefois propulsé ma grand-mère dans la folie. Dans cette terrible dépression qui avait duré toute sa vie, rendant à son tour sa fille / ma mère vulnerable. Fragile jusqu’à en commettre l’irréparable.

Je sais, raconté comme ça, ça ressemble à une mauvaise fable. C’est pourtant la vérité. 

Ma souffrance était terrible, ça n’avait rien de rationnel. Je fonctionnais comme un automate, ça a duré cinq ans. 

Bêtement, je me suis réfugiée dans l’excès de nourriture. Une hyperphagie sans fin, des crises de boulimie à n’en plus finir. De fil en aiguilles je suis devenue obèse.  5 pieds 4 deux cent cinquante livres. C’est drôle à dire mais plus j’ai pris du poids, plus j’ai occupé de l’espace, moins j’existais.

J’ignore comment je suis passée au travers. Un matin, cinq ans après le drame, j’ai ressenti comme un printemps fragile dans mon coeur. Comme s’il commençait tranquilement à dégivrer. J’ai eu envie d’échanger ma douleur contre un peu de Bonheur, et ça a fonctionné.

C’est de cette guérison dont je souhaite témoigner.

Un jour, ta douleur, tu vas l’apprivoiser. 

Atlantide