ENTRE DEUX PÔLES

Crédit photo : Dalila Assefsaf

J’ai découvert le vrai sens du mot liberté à l’âge de vingt ans. Le jour où, sur un coup de tête, j’ai pris l’avion pour m’installer à des milliers de kilomètres de chez moi. Ce jour-là, ce n’était pas tant mon départ qui me rendait libre, à mes yeux, que ma décision de faire les choses à ma manière, quoi qu’il m’en coûte.

Je suis issue d’une famille étrange, remplie de paradoxes. Ma mère était très marginale, c’était une artiste. Elle était aussi atteinte de schizophrènie ; du coup, elle ne faisait rien comme les autres. Elle, elle faisait toujours de grandes choses. Je l’aimais très fort ma maman.

Malheureusement, la magie, l’univers féérique dans lequel nous baignions n’avait d’égale que la consternation qui m’affligeait lorsque sa santé mentale s’altérait.

Ma mère et moi vivions toutes deux sous le joug rigide d’un homme très sévère. Un ancien militaire.

Cet homme-là, c’était son père ; celui qui l’avait relevée à chacune de ses nombreuses dégringolades.

Mon grand-père nous tenait à l’oeil et à la baguette. C’était un géant de six pieds. Une force de la nature qui ne jurait que par l’ordre et par la discipline. Le parfait opposé de ma mère.

Notre quotidien ressemblait à un conflit permanent.

Alors un jour j’ai su que je devais partir.

Affronter mon grand-père n’était pas évident ; Il était brutal, colérique. J’ai préféré organiser mon départ dans son dos. 

L’annoncer à ma mère ne fut pas plus facile, mais elle s’y était elle-même déjà préparée.

C’est la réaction de mon grand-père qui m’a le plus surprise. J’ai même envie d’écrire: ébranlée.

 « Je te souhaite bonne chance, petite ».

Et cet homme sévère et despotique que j’avais si souvent vu en colère m’a prise dans ses bras, m’a serrée très fort et s’est mis à pleurer. 

Je me souviens maintenant de ces deux figures emblématiques de mon enfance avec tendresse.  Chacun si authentique. Chacun avec sa version de la vérité / de la vie.

Comment pourrai-je les oublier, de toute façon, puisqu’une partie de moi a retenu d’elle, l’autre de lui.

Atlantide

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